Par Iosif Király, artiste visuel, architecte et éducateur, Bucarest (Roumanie)

L’art postal est considéré par ses adeptes comme la forme artistique la plus démocratique, étant donné qu’il repose, selon certains d’entre eux, sur l’institution la plus démocratique qui soit: le service postal. Partant du simple postulat selon lequel toute personne ayant accès au service postal peut devenir un artiste dans cette discipline, toutes les actions entreprises au sein du réseau suivent certaines règles sacrées: pas de censure, toutes les œuvres proposées sont exposées et ce qui a été envoyé ne peut être renvoyé. Chaque participant reçoit une publication ou une liste reprenant le nom et l’adresse de tous les participants à partir de laquelle il peut sélectionner de nouveaux collaborateurs. Son nom peut également attirer l’attention d’autres personnes qui souhaiteraient le contacter pour de futurs projets. Par ailleurs, les archives et les œuvres d’art qui relèvent de cette discipline ne sont pas destinées à un usage commercial.

Si dans le monde de l’art contemporain, une œuvre doit être validée par les critiques, les conservateurs, les galeristes et les collectionneurs, dans le monde de l’art postal, seule compte la validation des agents des services postaux. C’est un défi dans l’esprit de Marcel Duchamp que l’artiste Ray Johnson, qui appartenait au mouvement Fluxus, et sa New York Correspondence School ont lancé au monde.

Le réseau a commencé à se constituer dès les années 1960 et a atteint son apogée dans les années 1980. C’est également à cette époque que quelques artistes roumains, appartenant pour la plupart à ma génération, ont commencé à exercer leur art au sein de ce réseau. L’esprit de l’art postal portait principalement sur la communication, le libre échange d’idées artistiques, le franchissement des frontières culturelles, la liberté et la remise en question des tabous sociaux. En bref, tout ce que le régime communiste roumain (et les régimes totalitaires en général) craignait le plus.

C’est pour cette raison que les activités des participants au réseau d’art postal sont tombées sous le coup de la censure et de la surveillance. Vers la fin des années 1980, le mouvement était presque déjà étouffé. Je n’étais jamais sûr que mes messages arrivent à destination ou que tous les messages qui m’étaient adressés me parviennent effectivement.

Aujourd’hui, c’est à contrecœur que je me replonge dans les années 1980, mais l’aventure de l’art postal est un tournant qui me semble de plus en plus solide et que, bien qu’il s’éloigne dans le temps, je ressens comme étant de plus en plus proche.

Lettre: Mail-art, Radu Igaszag (né en 1953), Roumanie